La maladie mentale démystifiée
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Le jeudi 28 décembre 2006 Pierre Asselin, Le Soleil
En identifiant un gène qui joue un rôle dans les dépressions bipolaires et unipolaires, le Dr Nicholas Barden et son équipe ont non seulement contribué à démystifier la maladie mentale, ils ont aussi ouvert la porte à de nouveaux traitements.
Le Dr Barden, directeur de l'unité de recherche en neuroscience du Centre de recherche du CHUL, a en effet présenté l'été dernier le résultat de ses travaux qui visaient à identifier un ou des gènes qui rendent les personnes plus vulnérables à la dépression. Son équipe, avec la collaboration d'un institut de recherche allemand, a pu démontrer que la mutation du gène P2RX7 était associée à la grande majorité des cas de dépression bipolaire et à 31 % des cas de dépression majeure unipolaire.
La mutation fait en sorte que l'activité de ce gène est réduite, en comparaison d'un gène normal. Les facteurs environnementaux jouent aussi un rôle dans la maladie, rappelle M. Barden. Le plus important reste le stress intense, comme une perte d'emploi, une séparation. C'est souvent ce qui déclenche le premier épisode, et les recherches du Dr Barden ont montré que P2RX7 est influencé par les hormones du stress.
«La mutation diminue déjà l'activité du gène, et les hormones du stress provoquent elles aussi une baisse de son activité, explique-t-il. Alors quand les deux sont réunis, on dépasse un seuil et ça déclenche un épisode. «Avec la pharmacogénétique on va peut-être pouvoir cibler un traitement selon le type de mutation qui est présent. Si on trouve un produit qui peut stimuler le gène, on pourrait sans doute corriger cette baisse d'activité.»
Les médicaments actuels contre la dépression agissent sur la production de sérotonine, mais un des éléments surprenants de la recherche du CHUL est qu'il n'y a aucun rapport direct entre ce gène et la sérotonine. Pourtant, dit le Dr Barden, les antidépresseurs basés sur la sérotonine fonctionnent. «Ce qu'on voit, c'est que la sérotonine stimule indirectement le gène. C'est peut-être pourquoi les antidépresseurs actuels donnent des résultats, mais ils mettent trois semaines à agir.»
Un produit ciblant le gène directement a été testé sur des souris, et son effet est immédiat, dit le chercheur. On est encore loin des nouveaux traitements toutefois, au moins 8 à 10 ans, estime-t-il. La découverte du gène signifie qu'on possède maintenant un marqueur biologique de la dépression, mais ça ne veut pas dire pour autant que la personne chez qui on retrouve la mutation va avoir la maladie, précise le chercheur.
Depuis 1985
Ce n'est pas d'hier que le Dr Barden traque le gène responsable de cette maladie. «J'ai commencé ce projet en 1985. J'ai commencé à chercher le gène responsable même si à l'époque, avec la technologie à notre disposition, c'était pratiquement impossible. On n'avait aucune idée de l'endroit où il pouvait se trouver à travers tout le génome. Il fallait commencer à un bout et se rendre jusqu'à l'autre bout. Ça nous a pris trois ans, alors qu'avec les outils de nos jours ça ne prendrait qu'un avant-midi.»
C'est seulement en 1993 qu'il a identifié une région du chromosome où ce gène se trouvait, mais il restait quand même à fouiller parmi 2,5 millions de paires de base en sachant qu'il suffisait de changements dans une seule de ces paires... «Ça se déroulait en même temps que le projet du génome humain, ce qui a alors accéléré notre recherche pour isoler le gène dont les mutations pouvaient être associées au trouble bipolaire.» On savait déjà que cette maladie, on parle plutôt d'un«trouble», est transmise avec l'hérédité, rappelle-t-il encore.
«Quand on trouve une personne qui souffre d'un trouble bipolaire et que tu fouilles dans la famille, tu vas trouver des tantes, des nièces et des neveux qui sont aussi bipolaires ou alors qui souffrent de dépressions majeures unipolaires. C'est une indication qu'il s'agit de la même maladie, et notre recherche démontre qu'on retrouve le même gène dans les deux cas.»
«Pourquoi dans un cas la personne est bipolaire et dans l'autre elle est unipolaire? Parce qu'il y a beaucoup de choses qui peuvent influencer la maladie. On a trouvé trois ou quatre gènes qui peuvent interagir avec P2RX7.»
Le chercheur entend maintenant orienter ses travaux vers les mécanismes biologiques pour comprendre l'action de ce gène afin de trouver de meilleurs remèdes.
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