Circoncision, la capote du pauvre

Source : Charlie Hebdo du 27/12/06
SIDA

Bientôt, des programmes de circoncision pour lutter contre le sida en Afrique...
Au risque de brouiller le message sur le préservatif.

Les partisans de la circoncision nous en vantent les mérites depuis longtemps : meilleure hygiène, réduction de l'éjaculation précoce, rapprochement de Dieu, et j'en passe. Il faut désormais ajouter à la liste de ces bienfaits la réduction du risque de transmission du virus du sida.

Une récente étude menée en Afrique vient en effet de montrer, en comparant deux cohortes d'hommes, les uns circoncis, les autres non, que le risque de contamination est deux fois plus faible dans le premier groupe. Il ne s'agit pas de discuter ce résultat (qui confirme d'ailleurs une étude menée l’an passé par l'Inserm) la question est plutôt de savoir sur quelle décision politique il va déboucher.

Facile de comprendre que ce sont des programmes de circoncision massive en Afrique qui se profilent à court terme. Il suffit, pour s'en convaincre, d'écouter Bertrand Auvert, chercheur à l'Inserm, dire qu'" il faut faciliter la circoncision en Afrique ". Ou de voir le ministère de la Santé du Swaziland tenir des ateliers pour former des médecins à la circoncision. Ou de lire sur le site Internet de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qu il faut " aider les pays ou les institutions qui décident de généraliser les services de circoncision ".

Eh là ! Quel emballement ! Que je sache, il existe une méthode efficace à 100 % pour lutter contre le sida, qui s'appelle le préservatif. La circoncision n’est pas assez efficace pour se passer de capote, et elle ne sert à rien pour celui qui en met une. Alors, pourquoi la promouvoir ?

L’OMS avance qu'il "est plus efficace d'associer plusieurs méthodes de prévention que de miser sur une seule d'entre elles ". Évidemment, tant mieux si la circoncision économise des vies. Mais il est à craindre que ça ne soit pas aussi évident.

Latex pour les riches, corne pour les pauvres
On connaît la difficulté à faire passer le message du " sortez couvert " en Afrique. Normal, avec des capotes à un dollar la boîte, soit le gain moyen d'une journée de travail. Si le latex entre en compétition avec la circoncision, cela risque d'être pire. Les hommes vont se croire prémunis par l’ablation de leur prépuce. Sans parler des gouvernants africains, qui en feront encore moins en se disant qu’un bon canif par village revient moins cher que des milliers de capotes.

Et puis, il ne faut pas oublier que la circoncision est une mutilation. La preuve qu'elle diminue le plaisir sexuel est d'ailleurs contenue dans l'explication même de son impact sur le sida. Les médecins disent en effet qu'un pénis circoncis comporte moins de surface de peau susceptible de servir de porte d'entrée au virus, et que le restant se kératinise. En clair : de la corne en remplacement des cellules sensibles ! Comment soutenir, après ça, que le plaisir n'est pas altéré ? (A ce compte-là, pourquoi ne pas pousser la logique plus loin, et nécroser l'ensemble des muqueuses génitales - il doit bien exister des acides capables de faire ça ?)

Il y a quelque chose d'indécent dans ce double langage sur la prévention. D'un côté, dans les pays riches, les fabricants de capotes basent de plus en plus leurs campagnes de pub sur le maintien du plaisir, à force de modèles " ultrafins ", " nervurés " et " retardants "... De l'autre, on demande aux Africains de se prémunir en se garnissant le gland d'une corne aussi dure que leurs pieds nus. J'exagère peut-être, mais je ne peux pas m'empêcher de voir dans cette promotion de la circoncision une abdication de la capote aux arrière-goûts racistes.
ANTONIO FISCHETTI

http://www.comptabilite-travailleur-independant.com

Par Sybar-Hit Inc.

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